Actualité du 19 Février 2018

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Même pas froid ! Alors que la neige est tombée en abondance sur la Creuse et que le mercure s’est planqué tout en bas du thermomètre, Steven Kaszuba et Antoine Bense, sans doudoune ni bonnet, ne grelottent pas dans leur maison isolée, au bord d’un vaste étang, sans radiateur ni cheminée. « Nous produisons notre propre chaleur et elle se conserve grâce aux matériaux et à la conception du bâtiment », explique Steven Kaszuba, 27 ans, le jeune chef du projet Avenidor (Avenir en occitan). Construite à deux kilomètres du village d’Ahun où vivent les grands-parents de Steven, orientée plein sud et sans ouverture sur sa face nord, la maison est bleue mais cela n’a rien à voir avec la chanson de Maxime Le Forestier. La question a déjà été posée une centaine de fois à Steven Kaszuba dont la coiffure n’a rien à voir avec celle des hippies de San Francisco.

 Avenidor sous la neige face sud est

Face Sud Est

 

Colombages en pierre reconstituée

Elle est bleue pour mettre de la couleur dans cette campagne creusoise. Avec son toit pentu et ses colombages, elle assume son côté « vintage ». Mais il faut toucher du doigt les colombages pour constater qu’ils ne sont pas en bois mais en pierre. Bleue de murs, elle est surtout verte de philosophie et de performances. C’est la première maison 100 % autonome à avoir reçu le label « Passive Premium » (une sorte de Palme d’or), décerné par le Passivhaus Institut de Darmstadt, en Allemagne. La bâtisse Avenidor présente des caractéristiques de nature à séduire celles et ceux qui veulent préserver la planète. La structure est en béton cellulaire pour laisser perspirer le bâtiment, les murs sont recouverts de panneaux de polystyrène expansé dont l’épaisseur variera selon la région où la maison sera construite. « Elle est deux fois plus performante que la prochaine réglementation thermique du bâtiment, la RT 2020 », affirme Steven. Avenidor est en fait imaginée sur un principe essentiel : rien ne se perd, tout se transforme, ajoute Antoine Bense, directeur opérationnel. La maison n’est reliée à aucun réseau extérieur. Même Internet s’obtient en Wi-Fi grâce à un système imaginé par Antoine, ingénieur de formation.

RDC Avenidor

 Avenidor est la première maison 100 % autonome à avoir reçu le label « Passive Premium »

 

 INTÉRÊT CHINOIS - Colmar

Si la maison Avenidor du Groupe KZB a choisi une silhouette alsacienne, c’est aussi pour des raisons commerciales, assumées par le chef de projet Steven Kaszuba. Celui-ci explique en effet qu’un groupe chinois serait intéressé par le prototype pour reconstituer un village alsacien en Chine et y attirer des touristes du pays, ce qui leur éviterait d’aller en France où, selon les autorités, l’insécurité est à un taux élevé. Les maisons Avenidor auraient l’avantage de concilier tourisme et écologie.

« On récupère tout »

Pour le reste, des panneaux solaires fournissent l’électricité, un forage avec un système de filtrage procure l’eau, une microstation d’épuration gère les eaux usées, une pompe à chaleur et une ventilation double flux, installées dans le sous-sol, chauffent l’eau et la maison. « En fait, on récupère tout pour produire de l’énergie, précise Steven Kaszuba. Les calories provenant de l’air vicié, de la chaleur des corps, de l’eau du lave-vaisselle, de la douche ou de la cuisine. » Pour édifier cette maison, le Groupe KZB, créé en Seine-et-Marne par Boris Kaszuba, le père de Steven et spécialisé dans le BTP et les services, a acheté près de vingt hectares à la commune d’Ahun.

Du circuit court

La maison bleue, 250 mètres carrés habitables et tout confort, aménagés et décorés par Sandrine Kaszuba qui a une formation d'aménagement intérieur, représente le laboratoire de l’entreprise Avenidor. Une sorte de maison-témoin car le but est évidemment de la commercialiser. « On estime son prix entre 2000 et 2500 euros le mètre carré, hors terrain, avance le chef de projet. Cela dit, une fois payée, elle ne coûte quasiment rien puisqu’elle est entièrement autonome. » Le Groupe KZB croit dur comme fer à ce projet dans lequel il a investi plus d'un million d’euros pour la conception et la construction, quasiment assurée par des artisans locaux. « Du circuit court sauf pour les machineries qui sont hyper pointues et ne pouvaient pas être fabriquées ici », précise Steven. La maison Avenidor a déjà reçu plusieurs visites – pas seulement de journalistes – et elle sera inaugurée en avril prochain pour une rebelote médiatique. Le groupe va lancer une autre habitation-test, en paille porteuse et bio-sourcée. Un filon vert à creuser…

Source : http://www.sudouest.fr/
Journaliste : Benoît Lasserre